Skin Deep n°161 : Stéphane Chaudesaigues
Le 07/06/2014 | Mis à jour le 20/01/2026 Salon : Chaudes-AiguesTatoueur : Stéphane Chaudesaigues
STÉPHANE CHAUDESAIGUES, LA BÊTE HUMAINE.
Comment as-tu commencé dans le tatouage ?
« Je voulais devenir tatoueur et j’ai découvert la machine à tatouer quand j’avais 18 ans ».
Je suis né en 1968 et j’ai six enfants. Mes deux garçons, Steven et Wesley, travaillent avec moi à plein temps et je suis très fier d’eux. J’ai commencé à tatouer à 19 ans, à une époque où le tatouage n’était pas un métier facile à pratiquer. Aujourd’hui, beaucoup de gens veulent se faire tatouer ; c’est devenu tendance. Ce sont souvent les mêmes qui, il y a vingt ans, dénigraient le tatouage et le voyaient comme un élément négatif de la culture des loubards.
À l’époque, les tatouages n’étaient pas très artistiques. Ils provenaient majoritairement de l’armée ou de la prison et représentaient l’appartenance à un groupe. Ils étaient chargés de controverse et donnaient une identité forte.
Ces marques sur la peau m’ont permis de devenir qui je suis. J’ai commencé à tatouer, ce qui m’a donné la chance de me recentrer, mais cela m’a aussi mis en marge de la société française. C’était le prix à payer pour me sentir accompli.
Quand je suis devenu tatoueur, je me suis concentré sur l’aspect technique du métier. Je me suis plongé dedans en brûlant les étapes de base. Quelque chose de différent me poussait : le désir de créer des images plus chargées de sens et de vie. Cette sensibilité est pour moi un trésor, mais aussi un fardeau que j’ai porté longtemps.
Qu’est-ce qui t’a motivé ?
Mes premiers tatouages sont de la main d’Elvis, qui travaillait rue de la Roquette à Paris. Il y avait aussi Bruno, rue Germain Pilon.
Je me suis mis à mon compte en 1986 et j’ai ouvert mon premier atelier de tatouage à Avignon, place Pignotte. Je l’avais appelé Art Tattoo, avant de le rebaptiser
Graphicaderme.
C’était difficile de commencer dans le métier ?
Oui. On m’avait laissé croire que j’avais une chance de me faire un nom, mais mes connaissances étaient superficielles et j’ai fait beaucoup d’erreurs.
Parle-nous de tes idoles
Le travail de Tin-Tin m’a beaucoup impressionné. J’ai aussi été influencé par Kari Barba, Jack Rudy, Bernie Luther et Paul Jeffries.
Mon style est le réalisme. Je mets un point d’honneur à rendre mes tatouages aussi proches que possible de la vie. Les gens me confient des visages, des proches, des histoires.
Alors comme ça, tu es autodidacte ?
J’adore l’art. J’associe les mots à de fortes émotions et j’en tire des images. Mon message n’intéresse pas toujours tout le monde, mais c’est le mien.
Quel est ton sujet favori ?
Le réalisme. J’aime travailler en noir et gris, mais aussi la couleur. J’aime particulièrement travailler avec les courbes naturelles du corps.
Beaucoup de tes tatouages sont lugubres. Est-ce un choix délibéré ?
Oui, sans doute lié à mon histoire personnelle. Certaines choses s’expriment mieux avec des images qu’avec des mots.
Qui étaient tes premiers clients ?
J’habitais dans un quartier difficile. Le bouche-à-oreille a fait le reste.
Quel est ton tatouage préféré ?
Ce sont ceux réalisés sur mes deux fils, Steven et Wesley.
Comment vois-tu l’évolution du tatouage aujourd’hui ?
Comment vois-tu ton avenir ?
Je travaille aujourd’hui dans mes ateliers du sud de la France, notamment au
studio Graphicaderme d’Avignon,
et dans mon atelier privé à Paris.
Je revendique ma liberté d’expression à travers ce que je crée. Ça ne plaît pas à tout le monde, mais je ne vais pas me taire pour autant.
Quelle récompense t’a le plus touché ?
Le prix remporté en 1992 lors de ma première convention de la National Tattoo Association. Il m’a fait comprendre que j’avais sacrifié beaucoup de choses à ma passion.
Quelle est ta vision du tatouage en France ?
Les standards sont élevés, mais le tatouage reste parfois mal compris dans un pays encore conservateur.
Penses-tu qu’il y a trop de tatoueurs aujourd’hui ?
Quels artistes t’inspirent ?
Bob Tyrrell, Nikko Hurtado, Guy Aitchison, Shane O’Neill, Tim Kern…
Longue vie à l’art du tatouage.
Crédits
Texte & photos : Paulo Cruzes – For Your Eyes Digital
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